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6 juin 2009

Du judaïsme au Japon (suite et fin)

... "Shabbat Shalom" .

Au moment où ces mots sortent de ma bouche, je me rends compte que je porte mon appareil photo en bandoulière. C'est ce qu'on appelle une entrée fracassante, la prochaine fois j'essaierai avec une pancarte "Worst jew ever" (pour info, il est interdit de prendre des photos pendant Shabbat). Bref, ils me proposent de retourner à la synagogue avec eux, ce que j'accepte bien entendu. L'un deux, Ben, est un businessman américain en vacances au Japon de passage à Kobe pour Shabbat. L'autre, Daniel, est un étudiant israélien en Post Doc de Maths à l'université de Kyoto où il vit avec son fils et sa femme japonaise. Anecdote intéressante, leur mariage fut le premier mariage juif au Japon depuis la 2ème guerre mondiale !

Une fois dans la synagogue, nous discutons autour de quelques apéritifs et rafraichissements. J'essaie tant bien que mal d'accrocher la conversation (croyez moi un anglais et un ricain qui discutent, ça fuse). J'apprends un millier de choses sur le Japon, sur les endroits à voir absolument et qu'on ne trouve pas dans les guides, et bien entendu sur le judaïsme au Japon. Il n'y a notamment que 4 synagogues, ou plutôt selon les mots de Daniel "3,5 synagogues : 1 in here, 2 in Tokyo and another one that is very doubtfully a synagogue". A tout casser, la communauté japonaise est forte de 1000 membres, essentiellement basées à Tokyo. Autrement dit, une grosse cinquantaine dans la région du Kansai ... Ici on ne mange que du poisson à Shabbat, puisqu'il n'y a pas de Shehita ici. On mange très exceptionnellement du poulet importé surtaxé par le gouvernement japonais, mais jamais de boeuf (ce qui est quand même un comble quand on vit à Kobe !).

J'apprends également que la synagogue a été construite par une riche famille juive, les Sassoon, arrivés peu après la deuxième guerre. Les fils seraient toujours les propriétaires officiels du lieu, même s'ils ont quitté le Japon depuis. La mère, elle, serait toujours vivante, et vivrait dans une grande maison typiquement européenne à deux pas de la synagogue. A en croire Daniel, elle vit au 2ème étage et ne sort jamais de chez elle, et personne ne la fréquente si ce n'est pour la nourrir. Le plus fou, c'est que le rez de chaussée a été transformé en musée ! Tous les jours, des gens viennent visiter sa maison pendant qu'elle "vit" au dessus ! Je me demande même si elle est au courant que sa maison est un musée ...

En rentrant, Daniel me présente les autres membres de la communauté venus passer le week end. Au dessus de la synagogue, il y a des appartements pour accueillir ceux qui viennent de loin. Ils sont tous israéliens d'origine, 25-30 d'age moyen, et vivent à Kobe, Kyoto, Osaka ou encore Nara. Comme vous pourrez le voir sur les photos, la synagogue est plutôt jolie, relativement modeste en taille, mais paraît pourtant immense au vu de la minuscule communauté qui l'occupe. Cela crée vraiment une ambiance particulière que je n'avais jamais connue dans aucune autre synagogue. On se retrouve une grosse dizaine pour Shabbat, un Shabbat d'ailleurs assez expéditif et peu rigoureux (l'un deux prie avec une oreillette Bluetooth), mais il n'en reste pas moins très chaleureux.

18h52, fin de Shabbat, vient bientôt l'heure de se séparer. Ben me donne sa carte et me prie de rester en contact (venant du CEO d'une star-up internet qui vit à New York, ça ne se refuse pas). Les autres m'invitent à venir le plus souvent possible. Pourquoi pas la semaine prochaine, puisque la synagogue accueille un grand évènement : une Bar Mitsvah. Juste à titre informatif, la région n'a pas connu de Bar Mitsvah depuis 1992.


Voila that's all folks ! Si vous voulez plus d'info sur la synagogue Ohel Shelomo, vous trouverez ici un autre regard sur cette même expérience. A bientôt pour les prochaines aventures de Rabbi Ponyo :D !!!

Du judaïsme au Japon

Allez, au moins avec un article comme ça, je suis à peu près sûr de ne pas répéter ce que vous trouverez dans les 267 autres blogs liés au Japon...

La question du jour : quelle vision les Japonais ont ils du judaïsme ? Qu'en savent-ils ? Pour m'éclairer sur le sujet, mon premier cobaye sera F-san, l'un de mes rares collègues de bureau dont le niveau d'anglais permet de dépasser le niveau bêta de la conversation entre homo sapiens. Il a pas mal voyagé, fait ses stages en Europe de l'est, contrairement à la plupart de mes collègues qui n'ont jamais quitté leur Japon natal. D'ailleurs ce type est une vraie bénédiction, il est intéressé par tout ce que je peux lui raconter, curieux de tout, mais c'est en plus une vraie mine d'or concernant la culture japonaise. Anyway, à la simple évocation du mot "Jewish", il me coupe et me lance : "Really you are Jewish ? But I thought you were French ... " OK jeune homme, installe toi confortablement, cette conversation risque de s'éterniser. Au fur et à mesure, je me rends compte qu'il sait quand même certaines choses. Il fait juste un énorme amalgame entre religion et origine ethnique. Mais comment lui en vouloir, quand bien même en France certains confondent arabes et musulmans ?

Finalement, à force de pauses saké café, ses questions gagnent en pertinence : "Are you a Hebrew ?" Bon allez je réponds à celle là, mais après c'est fini, parce que j'entends au loin une voix qui semblent dire "Casse toi avant qu'il ne se rende compte que t'es pas plus feuj que Rabbi Jacob". Car comme chacun sait, ma maitrise du sujet flirte dangereusement avec le néant.

Il faut savoir que F-san fait plutôt figure d'exception. Plus généralement, les japonais ne connaissent rien du judaïsme, si ce n'est la Shoah. Ce midi, j'ai retenté l'expérience à table, et ce n'est qu'au bout de 10 minutes, après avoir évoqué la seconde guerre mondiale, que l'un d'eux me lâche : "Hai, yudaya ! like Einstein right ?".

Venons en maintenant au Judaisme au Japon. Après avoir successivement tapé "synagogue Osaka", "synagogue Kansai", puis "synagogue Japon"sur Google, j'obtiens un semblant de réponse. La synagogue la plus proche se trouverait à Kobe, terre d'accueil des civilisations occidentales. Au passage, vous trouverez ici la narration de ma première virée à Kobe. Je trouve facilement la fameuse synagogue Ohel Shelomo
La synagogue Ohel Shelomo, Kobe
, en plein coeur de Kitano-cho. D'allure plutôt modeste, elle a surtout l'air très vide. J'essaie de rentrer, mais il n'y a visiblement personne. Après ma visite du jardin Sorakuen, je retente ma chance, mais en vain. Je rappelle que nous sommes Samedi, jour du Shabbat, autrement dit le seul jour où je suis à peu près sur de trouver un être vivant ici. Mais la fatigue et la chaleur ont vite raison de mon acharnement. Je traverse à nouveau la rue Kitano (et non pas la rue Kétanou) direction la maison, quand je tombe nez à nez avec une belle brochette dont l'allure ne laisse pas de place au doute : la barbe et la kippa pour l'un, le costume noir et la casquette de baseball pour l'autre.
"Shabbat Shalom" ...

********************** TO BE CONTINUED **********************

Kobe la cosmopolite

Ce samedi, cap sur Kobe moussaillons ! Je me sens d'humeur à aller brouter avec les boeufs qui boivent de la bière et se font masser en écoutant du Johannes Brahms. A moins qu'un tremblement de terre ne vienne gâcher la fête. Voila c'est fait, les deux gros clichés ayant été cités, passons au vrai Kobe.

Arrivé vers midi à la gare de Sannomiya, il ne me faut pas plus de 2 min pour trouver un point touriste et une carte de la ville (+1 pour la mairie de Kobe :D) La ville est grosso modo coupée en deux par le tremblement de terre la ligne de train régionale : le Nord et son quartier européen Kitano, et le Sud avec son fameux port et ses commerces. Passé touriste professionnel depuis peu, je décide de me limiter aujourd'hui au Nord.

Kobe est très certainement la ville la moins japonaise qu'il m'ait été donné de visiter ici. Elle fut pourtant brièvement la capitale du Japon (pour ceux qui suivent depuis le début, ce n'est que la 4ème après Kyoto, Nara et maintenant Tokyo). Elle fut la première à s'adonner au commerce international en ouvrant son port au pays de l'ouest au début du siècle. Kobe compte aujourd"hui près de 50.000 étrangers et pas moins de 100 nationalités différentes, avec une majorité visible d'européens, d'indiens, de chinois et de coréens (bon d'accord les majorités chinoise et coréenne sont moins visibles je vous l'accorde). Et on s'en rend très vite compte en flânant dans le quartier de Kitano. Kitano-Cho, c'est un peu le Beverly Hills de Kobe. C'est sur cette colline que les riches armateurs négociants ont fait construire au XIXème des résidences de luxe à l'européenne. Pour les japonais, ce quartier représente le comble de l'exotisme. Moi je me sens à la maison ... Une fois n'est pas coutume, les japonais se sont emparés de cette spécificité européenne avec le tact qu'on leur connait, à savoir des drapeaux français et anglais tous les 3 mètres, un restaurant sur deux qui se prétend haute gastronomie française et une ribambelle de franponais. Quoi je ne vous ai pas encore parlé du franponais ? Aie je commence à être sérieusement à la bourre sur mon blog ! Note perso : prochain billet spécial sur le franponais et l'engrish.



En me baladant au gré des ruelles ombragées (29°C quand même), je tombe tour à tour sur la Mosquée de Kobe, l'église Baptiste, Catholique, Orthodoxe, et enfin la Synagogue Ohel Shelomo. Que tous les lecteurs qui partagent de près ou de loin les convictions religieuses de Ponyo se rassurent, vous aurez droit très bientôt à un billet spécial.

La Kitano street est la rue la plus emblématique de cette invasion occidentale, illustrée par l'ancienne ambassade du Panama ou encore la Ben's House. Ben était un vieux chasseur anglais qui a accepté d'ouvrir son ancienne demeure au public, médusé devant sa cheminée, sa chaise à bascule et sont tapis en peau de tigre. Mais malgré tous mes récents progrès dans la langue de Yoko Ono, je ne parviens pas à négocier le prix d'entrée. Tant pis Ben, une autre fois peut être ...

Next target : le jardin Sorakuen ! Kobe a tout de même réussi à conserver une once de sa propre culture. Le jardin faisait partie de la demeure de Kodera Kenkichi, ancien maire de Kobe. Ouvert au public en 1941, il ne reste plus que le jardin, sa maison ayant été détruite pendant la guerre, ainsi que la maison d'un certain Mr Hassam, un commerçant indien dont l'opportunisme l'a conduit dans les hautes sphères de l'intelligentsia locale. Bref, encore un magnifique jardin qui vient embellir ma merveilleuse collection. Bonne visite :D


C'est tout pour cette première partie ! Programme du prochain épisode à Kobe : le port, Chinatown, les restes du tremblement de terre, le Arima-onsen, et sûrement un peu de shopping à Harborland. Car comme disent les japonais à propos de la mode : "If you can't go to Paris, go to Kobe". Moué.